Le nouveau rescrit de réduction à l'état laïc du pape François

 Quel que soit le prêtre, c’est toujours l’instrument dont le bon Dieu se sert pour distribuer sa Parole. Saint Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars

Le nouveau rescrit de réduction à l'état laïc du pape François


Début 2019, un nouveau rescrit de réduction à l’état laïc a été publié à Rome, rescrit beaucoup plus humain que la version antérieure. Ce texte a été peu diffusé et est difficile à trouver sur le net, nous avons cependant trouvé cet article https://www.golias-editions.fr/2019/11/08/les-pretres-maries-reintegres/

Voici une traduction de l’article original qui a mis au jour les nouvelles normes :

Oui, quelque chose a changé. Pour le moins, il n’y a plus de vexation, d’exil, ni de mariage en cachette.

Après 50 ans de validité, le rescrit de réduction à l’état laïc des prêtres qui «tentent de se marier » a changé substantiellement. Il convient de l’analyser… Faudra-t-il cinquante années de plus pour que disparaisse une fois pour toutes la loi du célibat obligatoire pour les prêtres ?

Un de mes amis a reçu il y a quelques mois la dispense de ses obligations ecclésiastiques, y compris le célibat, pour pouvoir se marier. Ce fut une belle surprise pour lui de constater que le rescrit de réduction à l’état laïc, après plus de 50 ans, avait changé en bien. Car le rescrit antérieur était vexatoire et offensant pour ceux qui, en toute bonne foi, demandait la dispense du célibat.

Les prêtres qui avaient l’intention de se marier étaient obligés, jusqu’alors, de quitter l’état clérical ; on leur imposait, en outre, une série d’obligations abusives. L’intention de la majorité des prêtres en sollicitant la ‘sécularisation’ était exclusivement d’obtenir la dispense du célibat. Ils auraient voulu continuer de faire partie du clergé comme prêtres mariés. Mais il ne leur était même pas permis de formuler cette demande. Ils devaient nécessairement demander et la dispense du célibat et la réduction à l’état laïque, les deux choses se concédant de façon inséparable. Il n’y avait pas de liberté dans la façon de formuler sa demande.

Les prêtres défroqués devaient se cacher et partir vivre en un lieu où ils n’étaient pas connus : un véritable exil. Leur mariage devait se faire sans solennité, si possible dans la chapelle de l’évêque avec deux témoins ; en plus, ils ne pouvait pas aider à la messe ni y faire les lectures, ni, bien sûr, distribuer la communion quand bien même il y aurait du monde à la messe. Ils ne pouvaient être professeurs de religion sinon en des lieux ne dépendant pas de l’Église.

On les réduisait à l’état laïc, à l’encontre du canon 40 du Concile de Trente, session IX (Dz 964 –  les interdictions de l’Église n’ayant pas toujours joui d’une grande cohérence avec la dogmatique. L’Histoire montre que beaucoup de décisions juridiques et pastorales ont été des abus de pouvoir, des ingérences dans la conscience individuelle, et même une violation des droits inaliénables de la personne.

Mais poursuivons la lecture du nouveau rescrit, que m’a envoyé mon ami. À son avis ce texte a changé substantiellement ; pour ma part, je ne pense pas que le changement soit si substantiel. Au moins il n’est pas vexatoire contre le prêtre qui demande la dispense. Il contient, c’est vrai, des phrases aimables d’accueil ; il n’expulse pas le prêtre qui va se marier de son diocèse ; il ne parle pas de restrictions pour la célébration du mariage… il permet au clerc dispensé de prodiguer des services utiles à la communauté chrétienne, de lui rendre service par ses dons et talents reçus de Dieu (n°5).

Mieux encore, le rescrit demande que : ‘le clerc dispensé soit accueilli par la communauté ecclésial où il réside pour continuer son chemin, fidèle aux devoir et à sa vocation baptismale (n°6). Au moins, l’exil est complètement éliminé ! On a supprimé aussi l’allusion finale à une espèce de ‘pénitence’. Et… son mariage peut être digne, comme pour n’importe quel chrétien, ‘en respectant, bien sûr, la sensibilité des fidèles du lieu’.

Mon ami dit qu’il y a un changement substantiel dans les fonctions qu’un prêtre réduit à l’état laïc peut prodiguer. Par exemple, dans le rescrit antérieur figurait : ‘dans les institutions d’études supérieures, dépendantes ou non de l’autorité ecclésiastique, il ne peut enseigner aucune discipline d’ordre proprement théologique ou qui soit unie intimement à la théologie (n°5 d) ; alors que maintenant, ‘cette interdiction pourra être levée par la Congrégation pour le Clergé, à la demande de l’évêque du lieu et après avoir consulté la Congrégation pour l’Éducation Catholique (n°8)’

Pour ma part, sur cette question je continue de voir une grande crainte de la hiérarchie quant à la perversion des idées du curé candidat au mariage, chose que je ne peux comprendre, entre autres parce que cette même crainte pourrait exister pour n’importe quel membre du clergé.

Mon ami prêtre dispensé ajoute : ‘avant il était interdit d’exercer la fonction de directeur et même de professeur de disciplines théologiques dans des institutions d’études mineures dépendant de l’autorité ecclésiastique. Maintenant il peut exercer la fonction de directeur ou de professeur de disciplines théologiques mais selon l’appréciation prudente de l’évêque du lieu (n°7).

Alors là je dis : on n’avait pas besoin de cet âne pour ça. On a peu avancé sur cette question de l’enseignement. Ils continuent de ne pas faire confiance au prêtre marié.

Par contre ça, ça me plaît davantage : il a été ajouté expressément l’obligation qu’il a, en tant que prêtre, de confesser le pénitent en danger de mort (n°5b). Non seulement il lui est permis mais on en rappelle l’obligation. Ça, c’est très bien, là, on travaille en toute logique théologique. Cette obligation permettra au prêtre marié s’il s’approche d’un accident de dire : ‘Je suis prêtre catholique, si vous le voulez et me le permettez, je peux vous aider’. C’est au moins quelque chose après 50 ans de marginalisation. Nous pouvons, nous, les prêtres mariés, aider les personnes qui ont besoin de confession dans les hôpitaux, parce que nous sommes prêtres. C’est au moins quelque chose… et c’était nécessaire.

En plus, on a supprimé toutes les interdictions vexatoires, parce que le prêtre réduit à l’état laïc peut d’ores et déjà exercer tous les fonctions ecclésiastiques qui ne requièrent pas l’ordre sacré, il peut être directeur d’une institution supérieure de l’Église et développer des fonctions dans les études théologiques, même si pour cela – et allez ! – il doit compter sur la demande de l’évêque, l’approbation de la Congrégation pour le Clergé et la consultation de la Congrégation pour l’Éducation Catholique.

Quelque chose de curieux dans le nouveau rescrit : quand il parle de ce qu’on ne peut séparer la dispense du célibat et la perte de l’état clérical, on a ajouté l’expression ‘dans la pratique actuelle’ (n°1b) impliquant qu’elle serait modifiable y compris qu’elle pourrait changer dans un futur proche de façon à ce que l’on pourrait dispenser du célibat sans perdre l’état clérical, c’est à dire par exemple, qu’un prêtre marié pourrait continuer d’exercer le ministère.

Espérons que cette nouvelle figure de prêtre dispensé soit une réalité dès que possible. Bien que, je pense : ‘Pourquoi un prêtre devrait-il être membre du clergé? Jésus-Christ n'a jamais été membre du clergé et il est pourtant le grand prêtre éternel. Cette cléricatie est une invention religieuse, et bien sûr réformable, même si c’était au XXIIe siècle’.

En tous les cas, nous félicitons la curie du pape François, parce que le rescrit a un ton plus aimable, accueillant et compréhensif. Et les humiliations ont été supprimés contre ceux qui quitte le clergé. Et cela est important.

Traduction d'un article publié sur : https://www.religiondigital.org/





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